Le propriétaire d’un immeuble frappé par un arrêté de péril doit indemniser ses locataires à hauteur de 3 mois du nouveau loyer ou de leur indemnité d’occupation, conformément à l’article L. 521-3-1 du Code de la construction et de l’habitation. Cette obligation s’applique dès la notification de l’arrêté par le maire, que le péril soit ordinaire ou immédiat.
Vous venez de recevoir un courrier recommandé de la mairie vous informant que votre immeuble présente un danger pour ses occupants. Entre l’obligation de reloger vos locataires, les travaux à engager et les indemnités à verser, la situation peut sembler insurmontable. Les propriétaires bailleurs ignorent souvent l’étendue exacte de leurs obligations financières et les recours dont ils disposent.
Après lecture de cet article, vous saurez précisément combien vous devez provisionner pour indemniser vos locataires, quelles démarches entreprendre dans les délais légaux, et comment mobiliser votre assurance ou les aides publiques pour limiter l’impact financier.
🔑 Points clés
- ✓Indemnité légale : 3 mois du nouveau loyer par locataire évincé (article L. 521-3-1 CCH)
- ✓Déclaration assurance obligatoire sous 15 jours après notification de l’arrêté
- ✓Astreinte possible jusqu’à 1 000 € par jour de retard en cas d’inaction
- ✓Fonds de garantie habitat dégradé mobilisable pour travaux de mise en sécurité
Sommaire
- 1 Qu’est-ce qu’un arrêté de péril et quels sont ses types ?
- 2 Montants et modalités d’indemnisation des occupants
- 3 Obligations légales du propriétaire après arrêté de péril
- 4 Rôle de l’assurance et couverture garantie
- 5 Recours et aides financières pour le propriétaire
- 6 Situation spécifique du syndic et copropriété
- 7 Questions fréquentes
- 8 Première action à entreprendre dès réception de l’arrêté
Qu’est-ce qu’un arrêté de péril et quels sont ses types ?
L’arrêté de péril est une décision administrative que le maire prononce quand un immeuble présente un danger pour la sécurité de ses occupants ou du public. Prévu par les articles L. 511-1 et suivants du Code de la construction et de l’habitation, ce pouvoir de police permet à la commune d’imposer des travaux de mise en sécurité, voire l’évacuation immédiate des occupants. Les propriétaires confondent régulièrement les deux types d’arrêtés, ce qui pose problème car leurs conséquences diffèrent radicalement sur les délais et les obligations d’indemnisation.
Péril ordinaire : définition et délais
Le péril ordinaire concerne les immeubles dont la solidité est compromise sans danger imminent. Le maire notifie au propriétaire les désordres constatés et lui accorde un délai pour réaliser les travaux, généralement entre 1 et 6 mois selon l’urgence. Pendant cette période, les locataires peuvent rester dans les lieux si les parties dangereuses sont condamnées.
En pratique, les situations les plus fréquentes concernent des fissures structurelles importantes, des balcons fragilisés ou des façades menaçant de se détacher. Le propriétaire conserve le temps de mandater un expert, d’obtenir des devis et de planifier les travaux.
Péril immédiat : que signifie vraiment cette classification ?
Le péril imminent impose l’évacuation des occupants sous 24 à 48 heures. Le maire peut faire réaliser les travaux d’office aux frais du propriétaire si celui-ci ne réagit pas. L’indemnisation des locataires devient alors exigible immédiatement, sans délai de grâce.
Cette classification s’applique aux effondrements partiels, aux risques d’écroulement avéré ou aux sinistres rendant le bâtiment inhabitable. Le propriétaire n’a aucune marge de négociation sur le calendrier.
Tableau comparatif des deux régimes
| Critère | Péril ordinaire | Péril imminent |
|---|---|---|
| Délai d’évacuation | 1 à 6 mois selon travaux | 24 à 48 heures |
| Indemnisation locataires | À la date d’évacuation effective | Immédiate |
| Travaux d’office par la mairie | Après mise en demeure restée vaine | Possible sans délai |
| Astreinte maximale | 500 €/jour après mise en demeure | 1 000 €/jour dès notification |
(Source : Code de la construction et de l’habitation, 2025)
Montants et modalités d’indemnisation des occupants
L’indemnité minimale due aux locataires évincés s’élève à 3 mois du loyer de leur nouveau logement, charges comprises. Cette obligation, issue de la loi ALUR de 2014, incombe exclusivement au propriétaire bailleur, même si le péril résulte d’un défaut d’entretien des parties communes en copropriété. À ce montant s’ajoutent les frais de déménagement et, le cas échéant, les différences de loyer pendant la durée des travaux.
Indemnité minimale de 3 mois de nouveau loyer : calcul détaillé
Le calcul se base sur le loyer effectivement payé par le locataire dans son nouveau logement, pas sur l’ancien loyer. Si le locataire relogé paie 750 € mensuels contre 650 € précédemment, l’indemnité s’élève à 2 250 € (750 € × 3 mois), non à 1 950 €.
Cette règle protège le locataire contraint de se reloger dans l’urgence, souvent à des conditions moins favorables. Le propriétaire doit donc anticiper une hausse potentielle du coût de relogement par rapport aux loyers qu’il percevait.
Frais de déménagement et relogement : qui paie quoi ?
Le propriétaire assume l’intégralité des frais de déménagement sur présentation de factures. Il doit également prendre en charge l’écart entre l’ancien et le nouveau loyer pendant toute la durée des travaux, dans la limite d’un logement de surface et de confort équivalents.
Les frais d’agence immobilière pour le nouveau bail, le premier mois de loyer et le dépôt de garantie du nouveau logement sont également à la charge du propriétaire. Pour comprendre les règles applicables aux dégradations constatées dans le logement quitté, consultez notre article sur les obligations du propriétaire en fin de bail.

Cas pratique : propriétaire avec 4 locataires, montant total à provisionner
Cas concret : Pierre, 58 ans, propriétaire bailleur à Créteil, possède 4 appartements T2 loués 650 € chacun. Suite à des fissures structurelles, un arrêté de péril ordinaire est notifié. Ses locataires se relogent à 750 € en moyenne. Indemnité légale : 4 × (750 € × 3) = 9 000 €. Frais de déménagement estimés : 4 × 1 200 € = 4 800 €. Total à provisionner : 13 800 € minimum, hors différentiel de loyer mensuel.
| Poste de dépense | Calcul | Montant |
|---|---|---|
| Indemnité 3 mois (4 locataires) | 4 × 750 € × 3 | 9 000 € |
| Frais déménagement | 4 × 1 200 € | 4 800 € |
| Différentiel loyer (6 mois travaux) | 4 × 100 € × 6 | 2 400 € |
| Total minimum | 16 200 € |
Obligations légales du propriétaire après arrêté de péril
Dès réception de l’arrêté, le propriétaire a 15 jours pour déclarer le sinistre à son assurance multirisque immeuble. Ce délai, que beaucoup oublient, détermine la prise en charge par l’assureur. L’expérience de Lucile Delignne le montre : la plupart des refus d’indemnisation par les assurances proviennent d’une déclaration tardive.
Déclaration à l’assurance dans les 15 jours
La déclaration doit être effectuée par lettre recommandée avec accusé de réception, accompagnée d’une copie de l’arrêté municipal. Dépassez ce délai de 15 jours et l’assureur pourra opposer une déchéance de garantie, vous laissant seul face aux indemnités à verser.
Information du maire et acceptation des mesures
Le propriétaire doit accuser réception de l’arrêté et informer la mairie des mesures qu’il compte prendre. Toute contestation suspend les délais mais n’exonère pas de l’obligation de sécurisation provisoire des lieux.
Mise en œuvre des travaux et délais imposés
Les travaux prescrits par l’arrêté doivent débuter dans le délai fixé par le maire. Un procès-verbal de fin de travaux, établi par un expert agréé, permet la levée de l’arrêté et le retour des occupants.
Risque d’astreinte : jusqu’à 1 000 € par jour
En cas d’inaction, le tribunal administratif peut prononcer une astreinte de 1 000 € par jour de retard (article L. 2243-1 du Code général des collectivités territoriales). Pour un retard de 2 mois, cela représente une pénalité potentielle de 60 000 €, s’ajoutant aux travaux et indemnités.
Rôle de l’assurance et couverture garantie
Les contrats d’assurance multirisque immeuble couvrent les frais de relogement des occupants en cas de sinistre rendant le logement inhabitable, mais cette garantie ne joue pas automatiquement pour les arrêtés de péril liés à un défaut d’entretien. La distinction entre sinistre accidentel et vétusté commande le niveau de prise en charge.
Contrats multirisque habitation : couverture réelle
La garantie « perte de loyers » indemnise généralement le propriétaire pendant 12 à 24 mois maximum. Toutefois, si l’arrêté résulte d’un défaut d’entretien caractérisé, l’assureur peut invoquer l’exclusion pour négligence.
Assurance dommages-ouvrage et péril de chantier
Si le péril survient dans les 10 ans suivant des travaux de construction ou de rénovation lourde, la garantie décennale du constructeur peut être mobilisée. L’assurance dommages-ouvrage préfinance alors les réparations sans attendre la détermination des responsabilités.

Délai critique de déclaration et conséquences du retard
Passé le délai de 15 jours, l’assureur conserve le droit de refuser toute prise en charge. Même en cas de péril imminent nécessitant une évacuation sous 24 heures, la déclaration doit être envoyée dans les 15 jours suivant la notification officielle.
Comparaison : indemnisation assurance vs obligation légale
| Source d’indemnisation | Bénéficiaire | Montant type | Conditions |
|---|---|---|---|
| Obligation légale propriétaire | Locataire évincé | 3 mois nouveau loyer + frais | Automatique dès arrêté |
| Assurance multirisque | Propriétaire | Perte de loyers 12-24 mois | Déclaration sous 15 jours |
| Garantie décennale | Propriétaire | Coût total des travaux | Travaux de moins de 10 ans |
Recours et aides financières pour le propriétaire
Le propriétaire confronté à un arrêté de péril dispose de leviers pour réduire la charge financière : fonds publics, contestation administrative et recours contre les tiers responsables. Ces démarches doivent avancer en parallèle des travaux de mise en sécurité, sans les retarder.
Fonds de garantie habitat menaçant ruine : conditions d’accès
Ce fonds géré par l’Agence nationale de l’habitat (ANAH) peut financer jusqu’à 50 % des travaux de mise en sécurité pour les propriétaires occupants ou bailleurs aux revenus modestes. La demande doit être déposée avant le début des travaux.
Contester l’arrêté de péril : recours administratifs et judiciaires
Le propriétaire peut contester l’arrêté devant le tribunal administratif dans un délai de 2 mois suivant sa notification. Ce recours n’est pas suspensif : les obligations d’évacuation et d’indemnisation restent exigibles pendant la procédure. La contestation n’est pertinente que si le diagnostic technique est contestable.
Aides communales ou régionales pour mise en sécurité
Certaines collectivités proposent des subventions complémentaires pour les propriétaires bailleurs engageant des travaux de réhabilitation. Ces aides sont cumulables avec celles de l’ANAH dans la limite de 80 % du coût total des travaux.
Imputabilité : si le péril est dû à un tiers
Lorsque le péril résulte de travaux réalisés par un voisin ou d’un sinistre causé par un tiers, le propriétaire peut engager une action en responsabilité civile pour obtenir le remboursement des indemnités versées aux locataires.
Situation spécifique du syndic et copropriété
En copropriété, l’arrêté de péril vise l’ensemble de l’immeuble, mais chaque copropriétaire bailleur reste individuellement responsable de l’indemnisation de ses propres locataires. Le syndic coordonne les travaux sur les parties communes, tandis que les copropriétaires assument leur quote-part. Pour connaître les règles applicables, consultez notre guide sur la jurisprudence travaux en copropriété.
Rôles respectifs syndic et copropriétaires
Le syndic déclare le sinistre à l’assurance de l’immeuble, convoque une assemblée générale extraordinaire et mandate les entreprises. Chaque copropriétaire indemnise directement ses locataires et participe aux travaux selon ses tantièmes.
Appels de fonds exceptionnels en copropriété
L’assemblée générale peut voter un appel de fonds exceptionnel couvrant les travaux d’urgence. En cas de copropriétaire défaillant, le syndic peut engager une procédure de recouvrement et faire inscrire une hypothèque légale sur son lot.
Responsabilité collective vs individuelle
Si le péril affecte les parties communes, la responsabilité est collective. Si un lot privatif cause le péril, le copropriétaire concerné supporte seul les frais de réparation et les indemnités dues aux autres occupants.
Questions fréquentes
Quel est le montant de l’indemnisation pour immeuble en péril ?
Le montant légal minimal est de 3 mois du nouveau loyer du locataire évincé, charges comprises (article L. 521-3-1 du Code de la construction et de l’habitation). À cette indemnité s’ajoutent obligatoirement les frais de déménagement sur justificatifs et le différentiel de loyer pendant la durée des travaux. Pour un locataire relogé à 750 € mensuels, comptez au minimum 2 250 € d’indemnité fixe, plus les frais annexes.
Qui paie l’indemnisation des locataires en cas d’arrêté de péril ?
Le propriétaire bailleur assume personnellement l’intégralité des indemnités, même en copropriété. L’assurance multirisque peut rembourser tout ou partie de ces sommes, à condition que la déclaration ait été effectuée sous 15 jours et que le sinistre ne résulte pas d’un défaut d’entretien caractérisé. En copropriété, chaque propriétaire indemnise ses propres locataires.
Combien de temps dure une indemnisation immeuble en péril ?
L’indemnité de 3 mois est versée en une seule fois lors du départ du locataire. En revanche, le différentiel de loyer entre l’ancien et le nouveau logement est dû chaque mois jusqu’à la levée de l’arrêté et le retour possible des occupants. La durée moyenne des travaux de mise en sécurité varie de 6 à 18 mois selon l’ampleur des désordres.
Le propriétaire peut-il être indemnisé pour les pertes de loyer ?
Oui, si son contrat d’assurance multirisque inclut une garantie « perte de loyers ». Cette garantie couvre généralement 12 à 24 mois de loyers non perçus. Pour en bénéficier, la déclaration doit intervenir sous 15 jours et le péril ne doit pas résulter d’une négligence d’entretien. Le propriétaire occupant peut également demander une indemnisation pour son propre relogement temporaire.
Cet article est fourni à titre informatif et ne constitue pas un conseil juridique personnalisé. Chaque situation est unique. Pour toute procédure ou décision importante, consultez un avocat ou accédez à l’aide juridictionnelle si vous y êtes éligible (service-public.fr).
Première action à entreprendre dès réception de l’arrêté
Envoyez votre déclaration de sinistre à votre assurance sous 15 jours par lettre recommandée avec accusé de réception, en joignant une copie de l’arrêté municipal. Cette démarche conditionne toute prise en charge par l’assureur. Parallèlement, mandatez un expert en bâtiment pour évaluer l’étendue des travaux et obtenir des devis sous 30 jours, afin de démontrer votre réactivité en cas de contentieux ultérieur.

























