Grève du 10 mars 2025 : l’amende pour absence est-elle réelle ?

Aucune amende de 135 € n’est prévue par la loi française pour l’absence d’un enfant à l’école lors d’une journée isolée comme celle du 10 mars 2025. Le Code de l’éducation (article L131-2) impose une obligation d’instruction pour les enfants de 3 à 16 ans, mais les sanctions ne s’appliquent qu’après plusieurs absences non justifiées et à l’issue d’une procédure administrative précise.

Beaucoup de parents ont reçu des messages sur WhatsApp, TikTok ou Facebook affirmant qu’ils risquaient une contravention immédiate en retirant leur enfant ce jour-là. Cette rumeur, largement relayée autour de la journée EVARS (éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle), ne repose sur aucun fondement juridique.

Voici ce que dit réellement le droit français, quand une sanction peut effectivement être prononcée, et comment distinguer une désinformation virale d’une obligation légale.

🔑 Points clés

  • Aucune amende automatique de 135 € n’existe pour une journée d’absence isolée, la rumeur est fausse
  • La sanction pénale prévue par l’article R624-7 du Code pénal ne s’applique qu’après une procédure longue et répétée
  • Le seuil déclencheur légal reste 4 demi-journées d’absence non justifiées sur un mois
  • Les allocations familiales ne peuvent plus être suspendues depuis la loi du 31 janvier 2013

D’où vient la rumeur de l’amende de 135 € ?

Sur les réseaux sociaux, dans les jours précédant la journée EVARS, une rumeur s’est propagée : une amende de 135 € serait infligée le 10 mars 2025 pour absence scolaire. Des vidéos TikTok et des messages Facebook affirmaient qu’un retrait d’enfant déclencherait automatiquement une contravention, confondant ainsi les règles du code de la route avec le droit scolaire. Or, aucun article du Code de l’éducation ne prévoit pareille sanction pour une absence isolée. Cette confusion s’explique probablement par le montant classique des contraventions de 4ème classe, qui s’applique dans d’autres domaines juridiques mais pas au contrôle de l’assiduité scolaire.

Code éducation obligation scolaire France amende absence

La journée EVARS du 10 mars 2025 : de quoi s’agit-il ?

Le 10 mars 2025 correspondait au lancement du nouveau programme d’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle dans les écoles primaires et secondaires. Plusieurs collectifs de parents opposés à ce programme ont appelé à une journée de retrait volontaire de leurs enfants, pour protester contre les contenus jugés inadaptés à certains âges.

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Cette mobilisation a été relayée par l’association SOS Éducation dans son communiqué du lundi 10 mars, qui rappelait aux parents leurs droits sans jamais évoquer d’amende. C’est parallèlement à cet appel qu’une rumeur d’amende s’est propagée pour dissuader les familles.

Comment la rumeur des 135 € s’est propagée sur les réseaux sociaux

Les analyses de fact-checkers (AFP, Libération CheckNews) ont montré que la rumeur a circulé principalement via des captures d’écran anonymes et des messages recopiés sans source. Le mécanisme est classique : un chiffre précis (135 €) donne une apparence de crédibilité, et la répétition sur plusieurs plateformes renforce l’illusion d’une information vérifiée.

Cas concret : Marie, 38 ans, mère de deux enfants scolarisés en primaire à Lyon, a reçu un message WhatsApp affirmant qu’elle risquait 135 € d’amende si elle retirait ses enfants le 10 mars 2025. Après vérification auprès du rectorat de son académie, elle a obtenu la confirmation qu’aucune sanction financière ne s’appliquait pour une journée d’absence justifiée par un mot des parents.

Que dit vraiment la loi sur l’obligation scolaire ?

L’obligation légale porte sur l’instruction, non sur la scolarisation stricte. C’est ce que précise l’article L131-2 du Code de l’éducation, accessible sur Légifrance : tous les enfants de 3 à 16 ans résidant en France doivent recevoir une instruction, qu’elle soit dispensée dans un établissement public, privé ou à domicile (sous conditions d’autorisation depuis 2022). L’assiduité relève de la responsabilité du directeur d’école en primaire, du chef d’établissement en secondaire, via un registre d’appel. Une procédure administrative ne s’engage qu’en cas d’absences répétées et injustifiées, jamais pour une journée unique.

École primaire française ouverte journée grève mars 2025

Obligation scolaire : qui est concerné et quelles règles s’appliquent ?

Depuis la loi du 26 juillet 2019 dite « pour une école de la confiance », l’instruction obligatoire commence dès 3 ans, contre 6 ans auparavant. Elle s’achève à 16 ans, et se prolonge par une obligation de formation jusqu’à 18 ans depuis la rentrée 2020.

Les parents doivent justifier chaque absence par un motif reconnu : maladie de l’enfant, réunion solennelle de famille, empêchement causé par des difficultés accidentelles de transport, absence temporaire des parents lorsque les enfants les suivent. Le mot d’excuse écrit et signé suffit dans la plupart des cas.

Quand une amende ou sanction peut-elle vraiment être prononcée ?

La procédure de sanction est décrite à l’article L131-8 du Code de l’éducation. Elle se déclenche à partir de 4 demi-journées d’absence non justifiées sur un mois. Le directeur transmet alors le dossier au DASEN (directeur académique des services de l’éducation nationale), qui adresse un avertissement aux parents et propose un accompagnement.

Ce n’est qu’en cas de manquement persistant, après plusieurs avertissements et un signalement au procureur de la République, qu’une contravention de 4ème classe (jusqu’à 750 €) peut être prononcée, sur le fondement de l’article R624-7 du Code pénal. Cette sanction reste rare et intervient toujours au terme d’une procédure contradictoire.

Situation Conséquence légale
1 journée d’absence justifiée par mot Aucune sanction
4 demi-journées non justifiées / mois Signalement au DASEN, avertissement
Absentéisme persistant après avertissement Signalement au procureur, contravention possible jusqu’à 750 €
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(Source : legifrance.gouv.fr, Code de l’éducation, 2025)

Retrait d’école le 10 mars : quels risques réels pour les parents ?

Un retrait ponctuel le 10 mars 2025, justifié par un mot parental, ne pouvait donner lieu à aucune sanction légale. Le Code de l’éducation admet explicitement les « empêchements » validés par la famille, et l’administration ne questionne pas les motifs d’une absence isolée. Dans les dossiers d’assiduité traités par les services académiques, une seule absence n’a jamais débouché sur une amende. Les procédures de sanction exigent un cumul d’absences et une tentative de dialogue préalable, ce qui rend toute contravention immédiate impossible.

Absence d’un jour isolé : aucune amende automatique

Dans les demandes reçues sur ce sujet, l’incompréhension porte presque toujours sur la confusion entre signalement et sanction. Signaler une absence est une procédure administrative de suivi. Sanctionner un parent est une décision judiciaire, encadrée, motivée, qui suit un contradictoire.

Erreur fréquente : croire qu’un mot d’excuse doit contenir un motif « valable » selon l’école. La justification écrite par les parents fait foi pour une absence isolée, sauf en cas de doute manifeste ou de répétition.

Les allocations familiales sont-elles concernées ? Non, voici pourquoi

La suspension des allocations familiales pour absentéisme scolaire, instaurée par la loi Ciotti de 2010, a été abrogée par la loi du 31 janvier 2013. Depuis cette date, la CAF ne peut plus suspendre les prestations familiales en cas d’absentéisme, même répété.

Aucun message circulant en mars 2025 n’a donc pu se fonder sur ce dispositif, aboli depuis plus de 12 ans. Les rumeurs mêlant amende et perte d’allocations combinent deux désinformations distinctes.

Qui faisait grève le 10 mars 2025 et y avait-il école ?

Le 10 mars 2025 n’a pas correspondu à une grève nationale enseignante formelle. Des syndicats comme la FSU, la CGT Éduc’action et SUD Éducation ont appelé à des mobilisations locales autour de l’EVARS et des revendications budgétaires, mais sans préavis national uniformisé. Des collectifs de parents, eux, incitaient au retrait des enfants pour une journée. Ces deux mouvements, aux objectifs distincts, ont coexisté en parallèle. Dans la plupart des communes, les écoles ont fonctionné normalement, avec une fréquentation légèrement inférieure selon les académies.

Les syndicats enseignants et les collectifs de parents : deux mouvements distincts

Les syndicats enseignants défendent des positions professionnelles (conditions de travail, programmes, moyens). Les collectifs de parents comme JRE (Journée de retrait de l’école) ou certaines associations familiales agissent sur le terrain parental, sans lien organique avec les syndicats.

Cette distinction est importante : un enseignant gréviste bénéficie du droit constitutionnel de grève, tandis qu’un parent retirant son enfant exerce sa responsabilité parentale, encadrée par le Code de l’éducation.

Y avait-il école le 10 mars 2025 ? Ce que les communes ont mis en place

Selon les remontées des rectorats, les écoles primaires et secondaires étaient ouvertes le 10 mars 2025 sur l’ensemble du territoire. En cas de grève enseignante affectant plus de 25 % des professeurs dans une école primaire, la commune est tenue par la loi du 20 août 2008 de mettre en place un service minimum d’accueil (SMA).

Questions fréquentes

Qui fait grève le 10 mars 2025 ?

Le 10 mars 2025 n’était pas une journée de grève nationale enseignante unifiée. Certains syndicats comme la FSU, SUD Éducation ou la CGT Éduc’action avaient déposé des préavis locaux liés à la mise en place du programme EVARS et aux moyens attribués à l’éducation. Parallèlement, plusieurs collectifs de parents opposés au contenu du programme EVARS appelaient à une journée de retrait volontaire des enfants. Les deux mouvements sont indépendants : les enseignants exerçaient leur droit de grève constitutionnel, tandis que les parents exerçaient une décision individuelle relevant de la responsabilité parentale.

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Est-ce que le 10 mars 2025 il y avait école ?

Oui, les écoles étaient ouvertes le 10 mars 2025 partout en France. Aucune fermeture administrative n’a été décidée par l’Éducation nationale. Certains enseignants ont pu être absents pour fait de grève, mais dans ce cas, la loi du 20 août 2008 impose aux communes d’organiser un service minimum d’accueil (SMA) dans les écoles primaires dès que le taux de grévistes dépasse 25 %. Les collèges et lycées restaient également accessibles. Les parents qui souhaitaient s’informer devaient contacter directement la direction de l’établissement ou consulter le site du rectorat de leur académie.

L’amende de 135 € pour absence scolaire le 10 mars est-elle réelle ?

Non, cette amende de 135 € n’existe pas dans le droit français applicable à l’absentéisme scolaire. Le Code de l’éducation prévoit une procédure graduée : signalement à partir de 4 demi-journées d’absence non justifiées par mois, avertissement du DASEN, puis éventuellement contravention de 4ème classe pouvant aller jusqu’à 750 € après plusieurs manquements. Cette sanction ne peut être prononcée qu’à l’issue d’une procédure contradictoire, jamais pour une journée d’absence isolée. La rumeur des 135 € s’est propagée sur TikTok et Facebook sans base légale, probablement par confusion avec le montant des contraventions routières.

Les allocations familiales peuvent-elles être supprimées pour une journée de retrait d’école ?

Non, la suspension des allocations familiales pour absentéisme scolaire a été définitivement supprimée par la loi du 31 janvier 2013. Ce dispositif, introduit par la loi Ciotti de 2010, avait été jugé inefficace et contre-productif par les rapports parlementaires. Depuis plus de 12 ans, la CAF ne peut plus retirer, suspendre ou réduire les prestations familiales en raison d’absences scolaires, quelle qu’en soit la fréquence. Tout message affirmant le contraire, notamment ceux ayant circulé autour du 10 mars 2025, relève de la désinformation. Le suivi de l’assiduité reste une compétence exclusive de l’Éducation nationale.

Cet article est fourni à titre informatif et ne constitue pas un conseil juridique personnalisé. Chaque situation est unique. Pour toute procédure ou décision importante, consultez un avocat ou accédez à l’aide juridictionnelle si vous y êtes éligible (service-public.fr).

Ce qu’il faut retenir avant de partager un message viral

Vous avez peut-être reçu un message annonçant une amende pour l’absence de votre enfant lors d’une journée de grève ou de retrait scolaire. Avant de le transmettre, vérifiez l’information auprès de sources fiables : le site de l’Éducation nationale, Légifrance ou des associations reconnues. Une fausse information relayée par des parents inquiets circule bien plus rapidement qu’un démenti officiel. Pour tout doute sur vos droits ou si l’école a engagé une procédure d’assiduité, contactez le service social de l’établissement ou demandez une aide juridictionnelle au tribunal judiciaire de votre ressort.

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Lucile DELIGNNE

Journaliste juridique et fondatrice de Conseil Avocat Gratuit, Lucile Delignne vulgarise le droit depuis plus de 10 ans. Elle couvre le droit du travail, le droit immobilier et la protection du consommateur, avec une obsession : que chacun comprenne ses droits sans avoir besoin d’un dictionnaire juridique.

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