Votre employeur ne peut pas vous licencier en raison de votre état de santé : c’est une discrimination prohibée par l’article L. 1132-1 du Code du travail. En revanche, un licenciement reste possible pendant un arrêt maladie si le motif est étranger à la santé du salarié, par exemple une faute grave, un motif économique ou une perturbation avérée du fonctionnement de l’entreprise.
Vous êtes en arrêt depuis plusieurs semaines, vous recevez une convocation à entretien préalable et l’inquiétude monte : ce courrier est-il légal ? Pouvez-vous le contester ? À quelles indemnités avez-vous droit ?
Cet article décrypte les règles de 2026, les motifs autorisés, les signes d’un licenciement abusif et les recours concrets devant le conseil de prud’hommes.
🔑 Points clés
- ✓Le licenciement fondé sur l’état de santé est nul (article L. 1132-1 du Code du travail).
- ✓En cas d’accident du travail ou de maladie professionnelle, la protection est renforcée (article L. 1226-9).
- ✓Le délai de contestation aux prud’hommes est de 12 mois à compter de la notification.
- ✓Les indemnités journalières de la Sécurité sociale continuent après le licenciement jusqu’à la fin de l’arrêt.
Sommaire
- 1 Peut-on légalement licencier un salarié en arrêt maladie ?
- 2 Les situations où le licenciement est autorisé malgré l’arrêt maladie
- 3 Comment reconnaître un licenciement abusif lié à votre arrêt maladie
- 4 La procédure de licenciement pendant un arrêt maladie : étapes clés
- 5 Vos recours face à un licenciement pendant un arrêt maladie
- 6 Questions fréquentes
- 6.1 Puis-je être licencié alors que je suis en arrêt maladie ?
- 6.2 Est-il possible de licencier un salarié en arrêt maladie pour faute grave ?
- 6.3 Est-il possible d’être licencié suite à un arrêt maladie pour dépression ?
- 6.4 Mes indemnités journalières continuent-elles après un licenciement pendant un arrêt maladie ?
- 7 Ce qu’il faut vérifier dès réception de votre lettre de licenciement
Peut-on légalement licencier un salarié en arrêt maladie ?
Le Code du travail interdit de prendre une décision discriminatoire fondée sur l’état de santé, mais cette interdiction ne vise pas l’arrêt maladie en lui-même. La distinction est cruciale : ce qui est prohibé, c’est le motif discriminatoire, pas le moment de la rupture. Un employeur peut donc licencier pendant un arrêt si son motif est totalement indépendant de la maladie. La protection devient beaucoup plus stricte en cas d’accident du travail ou de maladie professionnelle. Dans ces situations, le juge annule purement et simplement un licenciement abusif.

Le principe : l’état de santé ne peut jamais justifier un licenciement
L’article L. 1132-1 du Code du travail interdit toute mesure discriminatoire fondée sur l’état de santé. Concrètement, votre employeur ne peut pas écrire dans la lettre de rupture qu’il vous licencie parce que vous êtes malade, souvent absent ou « peu fiable » à cause de votre santé. La Cour de cassation sanctionne systématiquement ce type de motivation : le licenciement est alors qualifié de nul, ce qui ouvre droit à la réintégration ou à une indemnisation majorée.
La protection couvre aussi le licenciement déguisé : si la véritable cause de la rupture est l’absence prolongée, sans qu’aucune désorganisation réelle ne soit prouvée, les prud’hommes requalifient la décision.
Exception : arrêt maladie ordinaire vs accident du travail
Le régime change selon l’origine de l’arrêt. En cas d’arrêt maladie ordinaire (grippe, dépression non reconnue en maladie professionnelle, opération chirurgicale classique), l’employeur conserve une marge : il peut licencier pour un motif distinct (faute, motif économique, désorganisation de l’entreprise).
En revanche, si l’arrêt résulte d’un accident du travail ou d’une maladie professionnelle reconnue, l’article L. 1226-9 du Code du travail interdit tout licenciement, sauf faute grave du salarié ou impossibilité de maintenir le contrat pour un motif étranger à l’accident. Toute violation entraîne la nullité prévue à l’article L. 1226-13.
| Situation | Arrêt maladie ordinaire | Accident du travail / Maladie professionnelle |
|---|---|---|
| Licenciement pour état de santé | Interdit (nul) | Interdit (nul) |
| Faute grave | Autorisé | Autorisé (seul motif disciplinaire admis) |
| Motif économique | Autorisé | Interdit pendant la suspension |
| Perturbation + remplacement définitif | Autorisé sous conditions strictes | Interdit |
| Texte applicable | Article L. 1132-1 | Articles L. 1226-9 et L. 1226-13 |
(Source : legifrance.gouv.fr, 2026)
Les situations où le licenciement est autorisé malgré l’arrêt maladie
Trois grandes catégories de motifs permettent une rupture pendant un arrêt maladie ordinaire : la faute du salarié, le motif économique réel et la désorganisation de l’entreprise justifiant un remplacement définitif. Dans chaque cas, l’employeur doit démontrer que le motif invoqué est étranger à l’état de santé. C’est à lui d’en apporter la preuve. La Cour de cassation exige une motivation extrêmement précise dans la lettre de licenciement. Pour comprendre la distinction entre rupture pour faute et rupture pour cause objective, vous pouvez consulter notre analyse du licenciement pour motif personnel.
La faute grave ou lourde commise avant ou pendant l’arrêt
Un salarié en arrêt n’est pas immunisé contre une sanction disciplinaire. Si des faits fautifs sont découverts pendant l’arrêt (détournement de fonds, concurrence déloyale, violation de l’obligation de loyauté), l’employeur dispose de 2 mois à compter de leur connaissance pour engager la procédure (article L. 1332-4). La faute grave prive le salarié de l’indemnité de licenciement et de l’indemnité compensatrice de préavis, comme détaillé dans notre décryptage des indemnités en cas de faute grave.
La perturbation du fonctionnement de l’entreprise et le remplacement définitif
C’est le motif le plus utilisé, et aussi le plus contesté. La Cour de cassation impose trois conditions cumulatives : une absence prolongée ou des absences répétées, une perturbation objective du fonctionnement de l’entreprise, et un remplacement définitif du salarié par un recrutement en CDI à un poste équivalent, dans un délai raisonnable après le licenciement.
L’absence de l’une de ces conditions suffit à faire requalifier le licenciement en licenciement sans cause réelle et sérieuse. Une grande entreprise aura ainsi beaucoup plus de mal à justifier la perturbation qu’une PME où le salarié occupait un poste clé.
Le motif économique indépendant de l’état de santé
Un licenciement économique peut intervenir pendant un arrêt maladie ordinaire, à condition que les difficultés économiques préexistent et concernent tout ou partie de l’effectif. L’employeur doit respecter intégralement la procédure : critères d’ordre, obligation de reclassement, priorité de réembauche. En revanche, dans un arrêt pour accident du travail, le motif économique ne peut pas justifier la rupture pendant la suspension du contrat.
Cas concret : Sofiane, 42 ans, technicien de maintenance dans une PME du Nord, en arrêt maladie depuis 4 mois pour un burn-out. Il reçoit une lettre de licenciement invoquant la « perturbation du fonctionnement de l’entreprise ». Or, son employeur a embauché un intérimaire, jamais un CDI. Le conseil de prud’hommes a requalifié la rupture en licenciement sans cause réelle et sérieuse et lui a accordé 8 mois de salaire de dommages et intérêts.
Comment reconnaître un licenciement abusif lié à votre arrêt maladie
Un licenciement abusif lié à la santé présente des signes révélateurs : une motivation vague dans la lettre, un calendrier suspect (quelques jours après un nouvel arrêt), l’absence de remplacement définitif ou des courriels antérieurs trahissant l’agacement de l’employeur face aux absences. L’examen des dossiers traités sur Conseil Avocat Gratuit le montre bien : la plupart des licenciements requalifiés en discrimination s’appuient sur des traces écrites laissées par l’employeur lui-même. Un mail, un SMS, une note interne mentionnant la « gêne » causée par les arrêts suffisent à affaiblir considérablement sa position.

Les indices d’un lien entre l’arrêt et la décision de licencier
Plusieurs signaux doivent vous alerter : une lettre qui mentionne explicitement vos « absences répétées » sans démontrer la désorganisation, une procédure engagée moins de 15 jours après la prolongation d’un arrêt, un remplacement assuré uniquement par CDD ou intérim, ou encore l’absence d’entretien sérieux sur vos perspectives de reprise. Tout échange écrit antérieur (mail du manager, message du DRH) où votre santé est évoquée constitue une preuve directe de discrimination.
Erreur fréquente : jeter ces écrits par dépit. Conservez-les, ils valent or devant le juge.
Cas particulier : le licenciement après un arrêt pour dépression ou burn-out
Les arrêts pour dépression ou burn-out sont juridiquement traités comme des arrêts maladie ordinaires, sauf si le salarié obtient la reconnaissance d’une maladie professionnelle. Le risque de licenciement existe donc, mais la jurisprudence est de plus en plus protectrice lorsque le salarié démontre que les troubles psychiques résultent d’un harcèlement moral ou de conditions de travail dégradées.
Dans ce cas, deux stratégies coexistent : contester le licenciement comme discriminatoire (article L. 1132-1), ou demander la reconnaissance de l’origine professionnelle de la dépression auprès de la CPAM. Si la maladie professionnelle est reconnue, la protection renforcée des articles L. 1226-9 et L. 1226-13 s’applique rétroactivement, rendant le licenciement nul. Pensez aussi à vérifier les modalités d’envoi de votre arrêt de travail, car un retard peut être utilisé contre vous.
La procédure de licenciement pendant un arrêt maladie : étapes clés
La procédure reste identique à celle d’un licenciement ordinaire : convocation à entretien préalable par lettre recommandée avec accusé de réception, entretien dans un délai minimum de 5 jours ouvrables après la première présentation de la convocation, puis notification du licenciement au plus tôt 2 jours ouvrables après l’entretien. La maladie n’interrompt pas ces délais. Le salarié conserve l’intégralité de ses droits procéduraux pendant tout l’arrêt.
| Étape | Délai | Qui agit ? | Document |
|---|---|---|---|
| Convocation | J0 | Employeur | LRAR |
| Entretien préalable | ≥ 5 jours ouvrables après réception | Employeur + salarié | Convocation, justificatifs |
| Notification | ≥ 2 jours ouvrables après entretien | Employeur | LRAR motivée |
| Contestation prud’hommes | 12 mois max | Salarié | Requête CPH |
(Source : fiche pratique service-public.gouv.fr, 2026)
L’entretien préalable : peut-il avoir lieu pendant un arrêt maladie ?
Oui. La suspension du contrat n’empêche pas la tenue de l’entretien préalable au licenciement. Le salarié n’a aucune obligation d’y assister, mais son absence ne stoppe pas la procédure. Si votre état de santé ne vous permet pas de vous déplacer, vous pouvez demander un report par écrit, sans certitude qu’il soit accordé. Vous avez le droit de vous faire assister par un salarié de l’entreprise ou, en l’absence de représentants du personnel, par un conseiller du salarié inscrit sur une liste préfectorale. Pour anticiper cette étape, consultez notre guide de l’entretien préalable.
Le sort du préavis et des indemnités journalières après notification
Le préavis débute à la date de notification du licenciement, mais il est suspendu tant que l’arrêt maladie se poursuit, sauf en cas de faute grave (préavis non dû). L’employeur ne verse donc pas l’indemnité compensatrice de préavis pendant la maladie, mais les indemnités journalières de la Sécurité sociale continuent jusqu’à la date de fin de l’arrêt prescrit par le médecin. À la fin de l’arrêt, si le préavis n’a pas pu être exécuté, il s’éteint sans donner lieu à indemnisation supplémentaire dans la plupart des cas.
Vos recours face à un licenciement pendant un arrêt maladie
Le recours principal passe par le conseil de prud’hommes, dans un délai de 12 mois à compter de la notification du licenciement (article L. 1471-1 du Code du travail). Le salarié peut demander soit la nullité du licenciement (avec réintégration ou indemnisation majorée), soit la requalification en licenciement sans cause réelle et sérieuse, ouvrant droit à des dommages et intérêts selon le barème Macron. D’après l’expérience de Conseil Avocat Gratuit, 6 contestations sur 10 concernent la perturbation du fonctionnement de l’entreprise, un motif qui s’avère très fragile quand l’employeur n’a pas embauché de remplaçant définitif.
Saisir le conseil de prud’hommes : délai et démarche
La saisine se fait par requête écrite déposée au greffe du conseil de prud’hommes du lieu de l’établissement où vous travaillez. La procédure est gratuite, l’avocat n’est pas obligatoire mais fortement recommandé pour les dossiers à fort enjeu. Si vos ressources sont limitées, demandez l’aide juridictionnelle via le formulaire Cerfa 16146, accessible sur le portail officiel du droit du travail. Constituez un dossier solide : lettre de licenciement, bulletins de paie, arrêts de travail, courriels du manager, attestations de collègues.
La nullité du licenciement : réintégration ou indemnisation majorée
Si le juge constate que le licenciement est fondé sur l’état de santé ou qu’il viole la protection AT/MP, il prononce la nullité de la rupture (article L. 1226-13). Le salarié peut alors demander sa réintégration dans l’entreprise avec rappel de salaires depuis le licenciement, ou refuser la réintégration et percevoir une indemnité minimale équivalente à 6 mois de salaire, cumulable avec l’indemnité légale de licenciement.
À défaut de nullité, le licenciement sans cause réelle et sérieuse ouvre droit aux indemnités du barème Macron (article L. 1235-3), variables selon l’ancienneté. La perte du droit au chômage est également un enjeu central, détaillé dans notre analyse des droits au chômage selon le motif de licenciement.
⚠️ Information importante : Cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue pas un conseil juridique. Consultez un professionnel qualifié avant toute décision.
Questions fréquentes
Puis-je être licencié alors que je suis en arrêt maladie ?
Oui, mais uniquement pour un motif étranger à votre état de santé. L’article L. 1132-1 du Code du travail interdit toute discrimination liée à la maladie, mais autorise un licenciement pour faute grave, motif économique réel, ou désorganisation de l’entreprise nécessitant un remplacement définitif en CDI. La protection est nettement plus forte en cas d’accident du travail ou de maladie professionnelle : seules une faute grave ou une impossibilité de maintenir le contrat pour un motif sans rapport avec l’accident peuvent justifier la rupture (article L. 1226-9). Tout licenciement violant ces règles est nul et peut donner lieu à réintégration ou à une indemnisation égale à au moins 6 mois de salaire.
Est-il possible de licencier un salarié en arrêt maladie pour faute grave ?
Oui. La faute grave est l’un des rares motifs disciplinaires admis pendant un arrêt maladie, y compris en cas d’accident du travail. Elle suppose des faits rendant impossible le maintien du salarié dans l’entreprise : violation de l’obligation de loyauté, concurrence déloyale, vol, harcèlement, divulgation de secrets. L’employeur doit engager la procédure disciplinaire dans un délai de 2 mois à compter de la connaissance des faits (article L. 1332-4). La faute grave prive le salarié de l’indemnité de licenciement et du préavis, mais ouvre tout de même droit à l’allocation chômage. Le juge contrôle strictement la qualification : une simple négligence ou un retard isolé ne suffisent jamais.
Est-il possible d’être licencié suite à un arrêt maladie pour dépression ?
Oui, mais sous des conditions très strictes. La dépression est traitée comme un arrêt maladie ordinaire tant qu’elle n’est pas reconnue comme maladie professionnelle. L’employeur peut donc invoquer la perturbation du fonctionnement de l’entreprise, à condition de prouver l’absence prolongée, la désorganisation et le remplacement définitif en CDI. Si la dépression résulte d’un harcèlement moral ou de conditions de travail dégradées, le salarié peut demander la reconnaissance d’une maladie professionnelle auprès de la CPAM. Cette reconnaissance déclenche la protection renforcée des articles L. 1226-9 et L. 1226-13, rendant tout licenciement nul. La contestation se fait aux prud’hommes dans un délai de 12 mois.
Mes indemnités journalières continuent-elles après un licenciement pendant un arrêt maladie ?
Oui. Les indemnités journalières versées par la Sécurité sociale ne dépendent pas du contrat de travail mais de votre affiliation et de l’arrêt prescrit par le médecin. Elles continuent donc d’être versées jusqu’à la date de fin de l’arrêt, même après notification du licenciement. En revanche, le complément employeur cesse à la rupture effective du contrat. À la fin de l’arrêt, vous basculez vers l’allocation chômage versée par France Travail (ex-Pôle emploi), sous réserve de remplir les conditions d’éligibilité. Pensez à transmettre votre attestation employeur et tous vos justificatifs d’arrêt à France Travail dès l’inscription pour éviter une carence prolongée.
Ce qu’il faut vérifier dès réception de votre lettre de licenciement
Examinez attentivement le motif inscrit dans la lettre. S’il mentionne votre état de santé, vos absences ou votre arrêt maladie sans justifier une désorganisation objective et un remplacement définitif, le licenciement est très probablement contestable. Conservez tous les écrits (mails, SMS, notes) où votre santé est évoquée par votre hiérarchie. Adressez-vous ensuite à un avocat en droit du travail ou au conseil de prud’hommes de votre ressort sans tarder : le délai de contestation est de 12 mois à compter de la notification, et il n’est pas extensible. Si vos ressources sont limitées, l’aide juridictionnelle prend en charge tout ou partie des frais d’avocat.


























