Refus d’inscription à l’ordre infirmier : obligation et tolérance pour les non-inscrits

L’inscription au tableau de l’Ordre national des infirmiers (ONI) constitue une obligation légale fondamentale. Pourtant, environ 130 000 infirmiers exercent encore sans être inscrits. Entre refus d’inscription à l’ordre infirmier, non-inscriptions volontaires et procédures méconnues, la réalité du terrain reste complexe.

À retenir

Idées principales Détails essentiels
Obligation légale d’inscription à l’ONI Tout infirmier doit s’inscrire à l’ordre, quel que soit son mode d’exercice
Double condition pour exercer légalement Obtenir l’enregistrement Adeli et l’inscription auprès du Conseil départemental
Critères vérifiés avant toute inscription Valider diplômes, moralité, absence de condamnation et maîtrise du français
Refus d’inscription : motifs et jurisprudence Chaque situation évaluée au cas par cas, selon contexte et évolution du professionnel
130 000 infirmiers non inscrits malgré l’obligation Les infirmiers hospitaliers affichent le taux d’inscription le plus faible, environ 31 %
Risques majeurs pour les infirmiers non inscrits Risquer deux ans d’emprisonnement, 30 000 € d’amende et la perte de couverture assurantielle
Saisine systématique du parquet par l’ONI Signaler tout infirmier non inscrit au parquet via l’article 40 du Code de procédure pénale

L’inscription à l’ordre infirmier : une obligation légale aux enjeux majeurs

L’article L. 4311-15 du Code de la santé publique est sans équivoque : nul ne peut exercer la profession d’infirmier sans être inscrit au tableau de l’ONI. Cette règle s’applique quel que soit le mode d’exercice : salarié du public ou du privé, libéral, cadre de santé, infirmier scolaire ou de santé au travail.

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L’autorisation d’exercice repose sur une double condition cumulée : l’enregistrement au fichier Adeli et l’inscription prononcée par le Conseil départemental de l’ordre (CDOI). Cette inscription donne lieu au versement d’une cotisation annuelle, fixée à 35 euros pour les salariés et à 85 euros pour les infirmiers libéraux (IDEL).

Avant toute inscription, le CDOI vérifie plusieurs conditions essentielles :

  • La réalité des titres et diplômes professionnels
  • L’absence de condamnations pénales incompatibles
  • L’absence d’interdiction temporaire ou définitive d’exercer
  • La bonne maîtrise de la langue française
  • L’absence de pathologie rendant l’exercice dangereux
  • La condition de moralité, vérifiée via le casier judiciaire

L’ONI est également la seule autorité compétente pour délivrer le numéro RPPS aux infirmiers. Ce numéro conditionne l’accès aux logiciels de la CNAM et aux dossiers patients, ce qui constitue un levier croissant d’adhésion, notamment pour les professionnels libéraux.

Refus d’inscription à l’ordre infirmier : motifs et jurisprudence

Le refus d’inscription peut intervenir pour plusieurs raisons, la principale étant le non-respect de la condition de moralité. Plusieurs décisions du Conseil d’État illustrent concrètement les critères appliqués.

Le 20 février 2024 (n°469665), le Conseil d’État a validé un refus d’inscription opposé à un infirmier condamné pour détention et consultation habituelles d’images pornographiques impliquant des mineurs. Les faits, commis entre 2014 et 2016, avaient conduit à un jugement du tribunal correctionnel de Saint-Pierre-et-Miquelon en janvier 2017. La haute juridiction a estimé que ces antécédents rendaient incompatible l’exercice de la profession.

Dans une autre affaire (CE, 6 mars 2013, n° 349582), le Conseil d’État a confirmé le refus d’inscription d’une infirmière condamnée à dix-huit mois de prison avec sursis pour violences sur six mineurs, alors qu’elle était institutrice. Elle faisait également l’objet d’un signalement pour maltraitance envers une pensionnaire d’EHPAD. L’interdiction définitive d’exercer toute activité impliquant un contact avec des mineurs rendait son inscription incompatible avec les exigences déontologiques.

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Dans une affaire distincte concernant un médecin (arrêt du 5 juillet 2023), le Conseil d’État a admis qu’une formation restreinte du conseil national de l’ordre pouvait tenir compte de faits graves commis en dehors de l’exercice professionnel, tout en estimant que la condition de moralité était remplie à la date où elle statuait. Cette nuance est importante : chaque situation s’évalue au cas par cas, en tenant compte du contexte et de l’évolution du professionnel.

Une infirmière diplômée depuis 2017 a ainsi relaté avoir demandé sa réinscription en mars 2024 après plus de cinq ans d’interruption. Elle a exercé jusqu’en juillet avant de recevoir une notification de refus. Son employeur l’a rétrogradée au grade d’aide-soignante. Après recours avec l’aide d’un avocat spécialisé dans les droits professionnels réglementés, le Conseil régional a maintenu le refus, imposant une formation théorique et un stage de remise à niveau d’au moins 140 heures.

Seulement 80 % des infirmiers inscrits : des risques majeurs pour les non-inscrits

Les chiffres révèlent un écart préoccupant entre l’obligation légale et la réalité du terrain. Selon les données disponibles, environ 130 000 infirmiers ne sont toujours pas inscrits au tableau de l’ONI.

Secteur d’exercice Nombre d’inscrits Taux d’inscription estimé
Public (hospitalier) 162 000 31 %
Privé (salarié) 128 000 Variable
Libéral (IDEL) 108 000 96 %
Exercice mixte 25 000 Variable

Le faible taux d’inscription des infirmiers hospitaliers s’explique notamment par des contestations historiques autour de l’adhésion obligatoire, par des problèmes d’interopérabilité entre les logiciels des établissements et ceux de l’Ordre, et par une identité professionnelle plus distante de l’institution ordinale.

Les conséquences pour un infirmier non inscrit sont pourtant lourdes. Il commet un délit d’exercice illégal d’une profession réglementée, passible de deux ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende. En cas de sinistre, son assurance professionnelle ne joue pas. Le fonds commun de solidarité indemnise les victimes, puis se retourne contre le professionnel fautif pour récupérer les sommes avancées sur ses deniers personnels.

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La Chambre disciplinaire nationale de l’ONI a décidé de saisir systématiquement le parquet dès qu’elle a connaissance d’un infirmier non inscrit, en application de l’article 40 du Code de procédure pénale. Cette décision, issue d’une affaire impliquant deux infirmières libérales des Hauts-de-France, est appelée à faire jurisprudence. L’ONI assure en revanche ne pas appliquer de rétroactivité aux professionnels qui s’inscrivent tardivement, et privilégie l’incitation plutôt que la contrainte.

Questions fréquentes sur l'inscription à l'Ordre national des infirmiers

Quels sont les risques pénaux et professionnels pour un infirmier non inscrit à l'ONI ?

Un infirmier exerçant sans inscription s'expose à deux ans d'emprisonnement, une amende de 30 000 euros, et la perte de sa couverture assurantielle. De plus, l'ONI signale systématiquement tout infirmier non inscrit au parquet via l'article 40 du Code de procédure pénale.

Quelles sont les conditions exactes pour être inscrit au tableau de l'ONI ?

L'inscription requiert deux conditions cumulées : l'enregistrement au fichier Adeli et l'inscription prononcée par le Conseil départemental de l'ordre. Le CDOI vérifie préalablement l'authenticité des diplômes, l'absence de condamnations pénales incompatibles, la maîtrise du français, et la condition de moralité via le casier judiciaire.

L'inscription à l'ONI s'applique-t-elle à tous les infirmiers, quel que soit leur secteur ?

Oui, l'article L. 4311-15 du Code de la santé publique impose l'inscription à tous les infirmiers, qu'ils soient salariés du public ou du privé, libéraux, cadres de santé, scolaires ou en santé au travail. Environ 130 000 infirmiers exercent néanmoins sans inscription, notamment dans le secteur hospitalier où le taux d'inscription n'atteint que 31 %.

Un infirmier peut-il contester un refus d'inscription à l'ordre infirmier ?

Oui, un refus d'inscription peut être contesté devant le Conseil d'État. Cependant, la jurisprudence confirme que les refus fondés sur la condition de moralité (notamment antécédents pénaux incompatibles avec l'exercice) sont généralement validés, chaque situation étant évaluée au cas par cas selon le contexte et l'évolution du professionnel.

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Lucile DELIGNNE

Journaliste juridique et fondatrice de Conseil Avocat Gratuit, Lucile Delignne vulgarise le droit depuis plus de 10 ans. Elle couvre le droit du travail, le droit immobilier et la protection du consommateur, avec une obsession : que chacun comprenne ses droits sans avoir besoin d’un dictionnaire juridique.

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