Une séparation, un divorce, une rupture de PACS : ces situations de vie bouleversent bien plus que le quotidien. Elles soulèvent des questions très concrètes sur le crédit immobilier contracté à deux. La désolidarisation d’un prêt immobilier permet à l’un des co-emprunteurs de se dégager de son engagement vis-à-vis de la banque, le libérant ainsi de l’obligation de remboursement. Cette démarche, encadrée juridiquement, suit un processus précis que chaque étape peut conditionner l’issue favorable ou non de la demande.
À retenir
| Idée principale | Détails pratiques |
|---|---|
| La solidarité entre co-emprunteurs | Chaque emprunteur reste responsable de l’intégralité du remboursement en cas de défaillance de l’autre. |
| Deux voies pour se dégager | Vendre le bien immobilier ou faire reprendre le prêt par un seul co-emprunteur. |
| Procédure de désolidarisation | Envoyer lettre recommandée à la banque avec motif, coordonnées et demande explicite de sortie. |
| Délai de réflexion obligatoire | L’avenant signé nécessite 10 jours calendaires de délai avant prise d’effet définitive. |
| Durée totale d’instruction | Entre 1 et 6 mois pendant lesquels la solidarité persiste entre les deux emprunteurs. |
| Assurance emprunteur modifiée | Passage de 50 % à 100 % du capital assuré augmente la prime mensuelle. |
| Opportunité de changement | La loi Lemoine 2022 permet de changer d’assureur sans frais ni pénalité. |
| Recours en cas de refus bancaire | Proposer caution de tiers, refinancer ailleurs ou saisir un médiateur bancaire. |
Le principe de solidarité entre co-emprunteurs : ce qu’il faut comprendre
Souscrire un prêt immobilier à deux engage chaque emprunteur bien au-delà de sa part personnelle. La clause de solidarité, fréquemment présente dans les contrats de crédit, signifie que si l’un des co-emprunteurs cesse de rembourser, l’autre devra assumer l’intégralité des mensualités, peu importe la raison de la défaillance. Cette règle s’applique aux concubins, aux partenaires de PACS et aux couples mariés, sans distinction de statut.
Concrètement : imaginons deux personnes ayant contracté un prêt de 200 000 € ensemble. Si l’une perd son emploi et ne peut plus payer, la banque se retournera contre l’autre pour obtenir le remboursement de la totalité des échéances. Cette solidarité ne disparaît pas automatiquement lors d’une séparation. Il faut donc entreprendre une démarche formelle de désolidarisation pour en sortir.
Deux voies principales existent. La première consiste à vendre le bien immobilier afin de rembourser le capital restant dû par anticipation, ce qui met fin au crédit. La seconde implique que l’un des ex-partenaires reprenne seul le prêt à son nom, après accord de la banque. Cette reprise suppose que ses revenus lui permettent d’honorer les mensualités de façon autonome.
Comment obtenir la désolidarisation : étapes et conditions
La démarche commence par l’envoi d’une lettre recommandée avec accusé de réception à l’établissement prêteur. Ce courrier doit mentionner les coordonnées des deux co-emprunteurs, la date et l’échéance du prêt, le motif de la demande (divorce, séparation, rupture de PACS), le nom de l’emprunteur qui reprend le bien, ainsi que la demande explicite de désolidarisation. Le co-emprunteur souhaitant conserver le prêt rédige également une attestation écrite par laquelle il s’engage à rembourser seul le solde restant et renonce à tout recours contre son ex-conjoint pour les sommes antérieures.
La banque n’est pas tenue d’accepter. Elle analyse la solidité financière de l’emprunteur restant. En cas de doute, elle peut exiger des garanties supplémentaires : la caution d’un organisme tel que Crédit Logement, la caution d’un tiers solvable, ou une hypothèque sur le bien. Si la demande est accordée, un avenant au contrat de prêt est rédigé. L’emprunteur dispose alors d’un délai de réflexion de 10 jours calendaires à compter de la signature pour l’accepter. L’avenant ne prend effet qu’au 11e jour.
Les délais d’instruction varient entre 1 et 6 mois. Pendant toute cette période, les deux co-emprunteurs restent solidairement engagés. Il est donc fortement recommandé d’anticiper et d’entamer la procédure dès que la séparation est actée et que le partage des biens est défini. Pour un divorce, il vaut mieux attendre le jugement définitif avant d’initier la démarche.
| Situation | Frais de notaire | IRA |
|---|---|---|
| Bien immobilier ancien | 7 à 8 % de la valeur de la soulte | 3 % du capital restant dû (max. 6 mois d’intérêts) |
| Bien immobilier neuf (moins de 5 ans) | 2 à 3 % de la valeur de la soulte | 3 % du capital restant dû (max. 6 mois d’intérêts) |
| Indication générale (soulte) | 7,5 % de la valeur de la soulte | Variable selon contrat |
Tous ces frais incombent à l’emprunteur qui reprend le prêt en totalité. Le rachat de soulte, qui correspond à la compensation versée à l’ex-conjoint pour racheter ses parts, se calcule ainsi : (valeur du bien – capital restant dû) ÷ 2. Le notaire formalise l’ensemble dans un acte authentique qui engage juridiquement les parties et peut être publié au bureau des hypothèques.
Assurance emprunteur et refus bancaire : les points critiques
La désolidarisation modifie obligatoirement les conditions de l’assurance emprunteur. Avant la séparation, chaque co-emprunteur couvrait 50 % du capital. Après désolidarisation, l’emprunteur restant doit être assuré à 100 % du capital, ce qui augmente mécaniquement la prime mensuelle. L’assurance emprunteur représente plus de 30 % du coût total d’un crédit immobilier : ce rééquilibrage a donc un impact budgétaire réel.
Le co-emprunteur qui se retire résilie son contrat en transmettant à l’assureur le justificatif de désolidarisation fourni par la banque. L’emprunteur restant adapte sa couverture, soit en conservant son contrat avec des quotités modifiées, soit en souscrivant une nouvelle assurance. La loi Lemoine de 2022 lui ouvre la possibilité de changer d’assureur à tout moment pendant la durée du remboursement, sans frais ni pénalité, une opportunité à saisir pour réduire le coût global du crédit.
Si la banque refuse la désolidarisation, plusieurs recours existent :
- Proposer la caution d’un tiers solvable en remplacement du co-emprunteur sortant.
- Solliciter un rachat de crédit auprès d’un autre établissement bancaire pour refinancer le capital restant dû.
- Faire appel à un médiateur bancaire pour trouver une solution négociée.
Des alternatives à la désolidarisation méritent également d’être étudiées selon la situation : location du bien pour contribuer aux remboursements, création d’une Société Civile Immobilière (SCI) pour gérer le bien collectivement avec plus de souplesse, ou encore accord amiable sur la répartition des charges entre co-emprunteurs. Si la réorganisation patrimoniale s’accompagne d’une transmission entre membres de la famille, il peut être utile de se renseigner sur des mécanismes comme la donation aux petits-enfants et les droits à payer associés, qui relèvent d’une stratégie globale de gestion du patrimoine.
Face à la complexité de ces démarches, consulter un notaire ou un conseiller juridique reste la supérieure façon de sécuriser chaque étape et d’éviter des erreurs aux conséquences financières durables.


























